Facebook: les cinq mythes de la photo de profil

L’article  « Montre moi ton avatar, je te dirai qui tu es » publié dans Libération.fr du 14 juin, avance cinq mythes de l’avatar des sites de réseau social.  La journaliste, Marie Piquemal interroge la possibilité de connaître la personnalité et le psyché des utilisateurs Facebook et Twitter seulement à partir de leur choix d’avatar.  Cette approche physionomique de l’avatar me semble poser quelques problèmes.

Examinons d’abord la question et sa démarche. La quête de déduire le psyché d’un individu est une pratique controversée de la Physionomie qui s’est servit du portrait pour étudier les traits physiques 1) Hélène Samson, “Autour du portrait d’identité”, Intermédialités n°8, 2006, p 72. Le déplacement de cette méthode physionomique du portrait vers l’avatar semble suggérer qu’il n’y aurait aucune différence entre ces deux objets. De plus, le fait d’admettre aveuglement que l’avatar est pareil que le portrait ignore non seulement l’originalité de l’avatar, mais exclut toute  investigation future des caractéristiques et des usages de ce mode de représentation dans son contexte numérique.

Le deuxième mythe développé dans l’article présente l’avatar comme un portrait capable de livrer l’identité des utilisateurs de réseaux sociaux. Cet argument s’appuie sur le fait que la capacité d’un avatar à identifier son utilisateur serait corollaire à la quantité d’éléments fournis sur la page de profil. En comparant les pages de profil Facebook et Twitter, la journaliste avance que les avatars Facebook seraient plus proches de l’identité civique de leurs utilisateurs car ils  fournissent leur nom, prénom et date de naissance. En revanche, sur Twitter le manque d’éléments personnels d’utilisateurs rendrait leurs avatars plus fantaisistes.

Cette comparaison d’éléments de la page de profil reste superficielle car elle ne prend pas en compte les paramètres techniques qui peuvent également influer la représentation des internautes. Prenons le cas du nom d’utilisateur qui en est un bon exemple. Dans l’environnement numérique l’usage du patronyme n’a jamais été une option à cause de son homonymie. De ce fait l’adresse mail, le mot de passe et le nom de compte tous doivent impérativement être composés de caractères alphanumériques. En 2004, Facebook a été le premier site de réseau social à offrir la possibilité (technique) aux utilisateurs de se représenter par leur nom propre 2) André Gunthert, “Usages de l’image sur Facebook” ARHV, 2008. Cependant, même si l’usage du nom propre est déterminé par l’architecture technique de Facebook, le site ne peut pas vérifier l’authenticité de cet élément. En 2009, Twitter a tenté de mettre en place un système de vérification de l’identité de ses utilisateurs, mais ce service de compte vérifié a été abandonné au bout de 6 mois 3) Twitter a mis en place le système de compte vérifié suite au vol des comptes d’Obama et des célébrités . Ainsi, la prise en compte des possibilités techniques aussi bien que leurs usages indiquent que la vérification de l’identité soit par le nom d’usager soit par l’avatar reste toujours un défi.

Le troisième mythe de l’avatar comme signe identitaire se base sur sa comparaison aux vêtements. En s’appuyant sur les propos de Thibaut Thomas, l’article explique que le changement de l’avatar serait semblable au changement d’habits. Comme le code vestimentaire est adapté selon le public dans les interactions face à face, de la même manière le changement de l’avatar indiquerait l’anticipation de l’audience en ligne. Or les recherches en Computer Mediated Communication suggèrent que l’environnement numérique diffère de l’interaction du monde physique surtout par son absence de contexte et un éclatement de public qui peut être aussi bien invisible que inconnu 4) danah boyd, Jeffrey Heer. “Profiles as Conversation: Networked Identity Performance on Friendster” 2006 . Donc, le changement d’avatar ne relèverait pas d’une anticipation de l’audience mais plutôt de sa gestion. Le renouvellement de l’avatar serait alors un signe de gérer au mieux possible l’image de soi que les utilisateurs aimeraient projeter sur leur audience.

Le quatrième mythe lié à l’avatar serait son pouvoir de raconter des histoires. Selon le psychologue Yann Leroux cité dans l’article, les utilisateurs de réseaux sociaux raconteraient leur vie, voire leur identité à travers l’avatar.  Pourtant, la multiplicité d’avatars en réponse à l’éclatement d’audience suggère que les utilisateurs de Facebook et Twitter préfèrent plutôt projeter des facettes de soi au lieu de livrer leur identité idem.

Le cinquième mythe de l’avatar avance que sa valeur iconique dépend de son contenu. Pourtant une simple comparaison entre le nom d’utilisateur qui accompagne toujours l’avatar, indique que ce dernier n’a qu’une fonction signalétique et décorative.  C’est- à-dire que l’avatar marque les interactions et guide le regard des utilisateurs. Donc, le contenu d’avatar n’aurait pas de valeur iconique en soi. Cependant, l’analyse des usages d’avatar dans des événements spécifiques comme la photo polémique de l’ambassadeur tunisien ou le séisme japonais du mars 2011,  montrent que ce sont les différentes utilisations de l’avatar qui lui attribuent une valeur iconographique.

Au fait l’avatar ne serait qu’un point d’entrée pour comprendre les différentes manières de gestion de soi à travers ses rôles culturels dans un site de réseau social.

Merci à Vincent Glad pour le signalement de l’article!

References   [ + ]

1. Hélène Samson, “Autour du portrait d’identité”, Intermédialités n°8, 2006, p 72
2. André Gunthert, “Usages de l’image sur Facebook” ARHV, 2008
3. Twitter a mis en place le système de compte vérifié suite au vol des comptes d’Obama et des célébrités
4. danah boyd, Jeffrey Heer. “Profiles as Conversation: Networked Identity Performance on Friendster” 2006

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